Les Acadiens à Moncton et l'East End

A l'époque de l'Acadie des années 1740, un hameau acadien existait déjà sur le site actuel de l'Est de Moncton. Ce hameau acadien - portant le nom de Terre Rouge et La Chapelle, se trouvait à l'embouchure du ruisseau Nacadie (aujourd'hui le ruisseau Hall) et comprenait une chapelle, un cimetière et quelques maisons et granges. En 1758, il aurait possiblement été incendié par les soldats anglais et ses habitants évacués.

Les années 1850-1940

Dès les années 1850, on trouve déjà à Moncton une trentaine de francophones, tous établis dans l'est de la ville. Une cinquantaine d'années plus tard, soit en 1900, il y a 3 000 enfants, adolescents, femmes et hommes francophones, sur 11 000 anglophones.

Enfin, en 1941, on compte pas moins de 8 000 francophones sur une population tôtale de 22 000, la majorité résidant entre la rue Archibald et King. C'est pendant les années 1920-1940, que la population acadienne de l'East End va déterminer la génération des années 1960-1970.

La vie économique avant 1940

Les principaux commerces d'affaires acadiens étaient établis dans l'Est de la ville. Les plus anciens étaient les épiceries, ouvertes dès 1880.

La charpenterie

S'il y a un domaine où les Acadiens de Moncton ont brillé, c'est bien celui de la menuiserie, de l'architecture et des entreprises en construction. Certains des plus beaux édifices commerciaux et résidences de la ville avant 1950 ont été construis et embellis par des contracteurs, des architectes, des charpentiers, des menuisiers, des maçons et briqueteurs francophones. Les contracteurs Théophile LeBlanc et Barney Gould, les architectes Fréchet et Sincennes, les menuisiers Philippe LeBlanc et Simon Melanson.

Mentionnons le Mary's Home construit en 1906, à côté de Radio-Canada; les anciennes résidences et aujourd'hui les salons funéraires de Frenette et Cadman; le premier hôpital de Moncton, aujourd'hui Maison des Soeurs du Sacré-Coeur, rue King. Sans oublier pour autant la splendide cathédrale de l'Assomption. Les responsables résidaient dans l'Est de la ville.

Divers commerces

Les commerces de plomberie, de quincaillerie, de mercerie, de boulangerie, d'embouteilleurs d'eau gazeuse, de cordonnerie, des salons de barbiers, des firmes de taxis et d'autobus, enfin des salons funéraires avec tous pignon sur rue dans l'Est.

Parmi ceux-ci, mentionnons dans le domaine de la plomberie Edgar LeBlanc qui domine pendant les années 1920-1980. Les quincailleries de Thaddé et Azime Léger, Cassidy et Belliveau. Le taxi avec Éric Cormier de White Cab, la plus important firme de taxi en ville depuis les années 1930. La mercerie de Jimmy LeBlanc au bloc Subway, 1900-1930, reconnue comme une des plus populaires du sud-est de la province, c'est d'ailleurs lui qui construit l'édifice en 1917. Les salons funéraires de Frenette et de Sylvaire LeBlanc.

La vie culturelle

C'est aussi dans l'Est de la ville que s'établiront les journaux acadiens, dont L'Évangeline en 1905 sur la rue Steadman, puis rue Westmorland, enfin rue Main; de même que L'Acadien, 1913-1926 sur la rue Main. La Société l'Assomption avait pignon sur rue aussi dans l'East End, soit rue Westmorland, où elle partageait l'adresse avec L'Évangeline.

De 1905 à 1920, on monte des pièces de théâtre pour le compte du Cercle français de la ville; parmi les directeurs de ces pièces, le plus connu était l'architecte Sincennes. Mentionnons les pièces, Femme du Peuple et Le Médecin des Pauvres. Les comédiens étaient tous des Acadiens de Moncton. La Succursale LaTour et le Cercle Beauséjour montaient aussi des séances, comédies et des opéra-comiques: Le Marquis de Carabas, Boulogne-sur-Mer, Un mariage au téléphone. Ces pièces étaient toutes jouées dans l'East End.

Arthur LeBlanc, le violoniste de réputation internationale, fréquenta l'École Wesley, rue Wesley, dans sa jeunesse. Adolescent, vers 1920, il se faisait de l'argent pour payer ses cours de musique en jouant dans les vestibules des hôtels, dont celle de Dick Hébert. Son père lui avait enseigné de vieilles gigues, des reels, en plus de la musique classique.

La cantatrice Anna Malenfant à été élevée sur la rue Spurr. Adolescente dans les années 1910, elle égayait les voisins du quartier par sa voix, chantant des vieilles chansons acadiennes apprise de sa grand-mère Bourque de Cap-Pelé.

La musique Country and Western a toujours été très populaire à Moncton comme partout ailleurs en Acadie. C'est surtout vers le début des années 1940, qu'un nouveau son se fit sentir dans le milieu de la musique et de la chanson. Les pionniers acadiens fûrent le groupe Lone Pine and the Mountaineers, composé de Harold Breau d'Acadieville. Leurs tournées à Moncton et dans les paroisses acadiennes attiraitent des foules nombreuses entre 1945-1955. Son fils, Lenny Breau, élevé sur le Shediac Road, deviendra dans les années 1970-1980, un des guitaristes importants de la scène canadienne et américaine du rock et jazz d'avant-garde.

Pendant les années 1950 jusqu'en 1960, les Bunkhouse Boys, composé des frères Myers (Maillet) de Parkton, a été l'orchestre le plus populaire chez les Acadiens. Le violoneux Eddy Poirier, originaire de Moncton, fût pendant les années 1960-1970, le plus connu de cet art aux Maritimes.

Les hôtels et cabarets acadiens

En 1910, les Acadiens sont propriétaires de 13 des 16 cabarets ou buvettes, y compris les hôtels, dont quatre suivantes sur la rue Duke. On remarquent notamment l'hôtel LeBlanc devenu la Duke, l'hôtel Riverside de Justin et Démérise Léger, la Canadian Hotel de Blair Melanson, la Queen Hotel de Marie Goguen. Les derniers 3 hôtels subsistèrent jusqu'aux années 1960.

A deux pas de là, se trouvait sur la rue Main, l'ancien Hôtel Léger devenu une maison de pension, l'hôtel Bourgeois, devenu par la suite la maison de pension la Bluenose ou Saxby Manor, enfin la notoriété de Acadia Hotel de la rue Lewis de Marguerite Doucet, où la prostitution se pratiquait.

Ses hôtels n'auraient pu survivre sans la clientèle des paroisses acadiennes des comtés de Kent et de Westmorland. Ceux-ci venaient magasiner, vendre leurs produits domestiques ou agricoles, ou visiter la parenté. A l'heure des repas, ils se rendaient à ces hôtels. D'ailleurs, les propriétaires étaient originaires de ses paroisses.

La police fait souvent des descentes dans ces hôtels de l'Est de la ville, où l'alcool illégal, coulait à flot, ciblant en particulier ceux gérés par les Acadiens.

Après les années 1970, l'ancien East End, surtout entre les rues King et Botsford, à vu l'arrivée de nombreux nouveaux résidents, pour la plupart anglophones. Plusieurs des anciens résidants francophones avaient déjà déménagés dans les banlieues de Lewisville, Parkton et Humphrey et vers les rues entre Botsford et Archibald. Malgré ceci, on trouve toujours des Acadiens dans l'ancien East End.

Régis Brun
24 février 2004


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